Je me promenais dans la vallée, sous la brûlure de juillet. Le colt chargé
pesait à ma main
aussi lourd qu’une enclume en barbelé, s’enfonçant dans ma paume et déchirant ma peau.
L’ombre des vautours tachait le ciel dégagé en formant
une multitude de nuages noirs. Des cumulus charognant la viande et buvant l’âme
des égarés,
guidés par le désespoir vers leur royaume.
Dans la Vallée de la Mort, les vautours règnent en maîtres et seigneurs.
Je marche vers le centre du désert en gaspillant
Les pas que j’avais économisé à ne pas fuir.
À ne pas quitter la crasse hypocrite de ma famille, de mes amis. À tenter d’espérer plus
des amours illusoires et des aventures d’un soir
qu’on oublie sur l’oreiller. À ne pas quitter la Terre, un endroit
où je croyais me plaire.
Je ne suis pas venu ici pour en finir avec un monde qui se meure sous le soleil.
Pourtant, tout ce que j’ai apporté avec moi, c’est
un colt, une balle.
Un os sous mon pied se rompt, aussi aride et sec
que le ciel du désert. C’est un tibia humain, sans doute appartenant
lui aussi
à un naufragé des mers urbaines comme moi, ou encore
à un chamelier perdu loin de sa caravane. Le blanc de l’os brille au soleil et lui renvoie
son reflet enflammé,
insulte gratuite au bourreau qui dit bonjour.
Remarquez, même les chemises brunes
saluaient les Juifs qui allaient se laver.
J’ai eu envie de boire une eau
que je n’avais pas. J’ai tiré ma braguette :
zzzzzzzip!
J’ai sorti ma queue flasque dans le cul du monde et j’ai bu
ce que je pissais dans mon chapeau.
Ma pisse était aussi claire que de l’eau. Psychologiquement, j’vous dis que
ça aide la pilule à passer, surtout lorsque son goût nous rappelle
la pisse, la sueur et l’encre.
On pourrait penser que je suis en beau fusil contre le monde et que j’ai envie
de prendre ce fusil pour tous les tirer.
Pantoute.
J’ai dépassé ce stade-là. On aurait beau vouloir flinguer tous les abrutis de la Terre,
bien vite, on manquerait
de balles. La colère noire est une fille facile qui
ne nous satisfait jamais.
À la place de faire ce que tout le monde veut faire j’ai pris l’alternative des privilégiés de me tirer une balle dans le seul endroit de la planète où rien ne survit sous un soleil plus puissant que tous les fours de l’univers, pouvant cuire jusqu’à sept milliards de personnes tournant trop vite sur eux-mêmes pour bien penser. Mon corps abandonné aux vautours se desséchera et se transformera en la dernière insulte envers la vie, minéralisée pour l’éternité. Je marche vers la fin de la fin, en sachant que le début de la fin, je l’ai fait dans ma tête en passant au gibet l’espèce humaine. En y repensant bien, Hitler et sa bande génocidaire n’avaient rien compris :
Pour faire un génocide, il ne faut pas tuer mille millions de personnes.
Pour faire un génocide, il faut tuer mille millions de cellules grises.
Esdéache, mai 2016

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