1ER MARS – LE CALME APRÈS LA TEMPÊTE

Matin de grésil. Mes yeux entrouverts portent encore le voile d’une longue soirée d’abus. À côté de moi, Francis dort doucement, éclairé par les premières lueurs d’un matin de fin d’hiver. Le calme après la tempête.

J’enfile, encore groggy d’une nuit passée à me faire culbuter sauvagement, un bas de pyjama de coton et passe à la cuisine. Je jette dans le filtre le fond d’une canne de mélange maison Van Houtte, ajoute de l’eau et appuie sur le voyant rouge. Le clapotis de l’eau qui bout pousse déjà son air, tandis que je m’installe à la fenêtre. Cellulaire en main, je scrolle les photos de la veille, les nouvelles, toutes ces vies qui ne sont pas la mienne.

Le soleil dans la ruelle. Le tumulte des éboueurs, quelque part en ville, brise le silence de l’aurore. J’allume une cigarette et laisse la nicotine chasser les bribes de sommeil qui m’abrutissent toujours l’esprit. Songes de la veille. Mon corps porte les preuves de nos ébats nocturnes : les genoux rougis, les griffures dans le dos, la croûte de sperme sec au bas de mon torse, les effluves de sueur dans l’air, le goût parfumé de sa peau dans ma bouche. Dehors, un vieux matou ébouriffé qui passe d’une cour à l’autre me ramène à la réalité. Le temps froid après la chaleur de la nuit.

J’entends derrière moi le bruit d’une porte qui se ferme. Un regard dans la chambre : Francis est parti doucement. Tant pis, me dis-je, malgré tout. Pas d’attaches, me dis-je, malgré tout. Le goût fade du café d’un matin de mars, malgré tout.

Malgré tout, je repense à ma nuit. À Francis. La brûlure du café ne masque pas encore tout à fait le goût de sa queue sur ma langue. Souvenir d’une autre soirée à trouver un gars beau, à le ramener à la maison, à espérer, sans le vouloir, qu’il soit le bon. Grindr, malgré tout.

Un haïku me vient en tête. Je sors mon cellulaire ouvre Google Docs et note :

HAÏKU #0301
les parfums du café
de lendemain de baise :
goût de solitude

Je reprends une gorgée de café en me relisant. Dehors, le grésil sur le sol glacé produit une mélodie douce-amère.

J’espère que Francis se pétera la gueule en marchant jusqu’au métro.

Esdéache
Février 2024

Laisser un commentaire