Je vis dans un champ de trois terres
où poussait un maïs aux grains d’or.
De gros épis mordorés
que mes frères et moi chapardions
au dormant de la nuit,
sous les lueurs verdoyantes des lucioles.
Je foulais de mes talons légers
la brûlure des grands arpents verts,
puis les soulageais à la fraîcheur
de la gluante argile du vieux marais
qui ronflait la nuit,
bercé par la douce mélodie des lucioles.
Peu m’importait
l’acide piqûre d’insectes insolents
où le paresseux grondement des coléoptères.
Mes terrestres soucis s’en trouvaient célestes
lorsque je déambulais la nuit,
envoûté par la valse vagabonde des lucioles.
Je vis dans un champ de trois terres
où poussent des maisons de pierre grise.
D’étranges palaces clôturés
que mes frères et moi protégeons
au courant de la nuit,
sous l’éclat aveuglant des réverbères.
Mon pas d’acier résonne
sur le froid bitume de la grand ‘rue,
là où le vieux marais était.
La gluante argile a engendré le granit
que l’on extrait la nuit,
brisant le sommeil d’un coup de truelle.
Peu m’importe
la froide sueur et l’aride poussière
ou encore la mélopée des ouvriers blasés.
Mais lorsque les angoisses tombent et m’assaillent
me manquent tant les ballades de nuit,
et la nostalgie du chant des lucioles.

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